J’avais envie de commencer cette rubrique sur le savoir-faire artisanal par quelque chose d’assez simple et vous montrer l’endroit où je travaille.
Pas forcément pour faire une grande visite des lieux, d’autant qu’il n’est pas encore complètement terminé. J’ai deux espaces différents, un pour la mosaïque et un autre dans le garage que je suis en train d’aménager pour le tournage sur bois.
Pour l’instant, il y a donc l’atelier où je fais mes mosaïques.

Il est à l’étage, sous le toit, comme ça la pièce est très lumineuse. Il y a une grande verrière qui apporte beaucoup de lumière, ce qui est quand même assez pratique quand on passe du temps à choisir entre deux morceaux de verre qui ont presque la même couleur et ça me permet de tester les reflets du verre pour d’autres créations que je fais. J’aime aussi le vitrail, et travailler le verre pour la mosaïque m’a poussé à rencontrer et faire des stages avec une vitrailliste. Comme je le disais dans ma page ‘à propos’, je suis un peu touche à tout et curieux, j’aime comprendre les choses, et essayer de les faire moi même.
Un atelier qui me ressemble
L’atelier est assez simple et épuré, les murs sont blancs, mais j’ai personnalisé les lieux avec des petits détails et des oeuvres d’autres artistes. Il y a une poutre de la charpente qui est restée apparente, j’ai pyrogravé des entrelacs à chaque extrémité. Ce n’était pas franchement indispensable pour travailler, mais j’avais envie que cette pièce me ressemble un peu.
C’est d’ailleurs quelque chose que j’aime beaucoup dans cet atelier : je ne l’ai pas pensé uniquement comme une pièce pratique, je voulais un espace qui me ressemble.
Il y a quelques œuvres accrochées aux murs, choisies parce que je les aime vraiment.
Il y a un tableau de Natacha Forlini, un dessin original au stylo d’une femme chamane avec un casque en tête de dragon. Puis une tête de corbeau en cuir réalisée par Cuirisis.
Et il y a surtout un arbre de Créa Cuivrée.

C’est un arbre réalisé en fil de cuivre, en volume. Quand j’ai découvert son travail, je suis resté scotché devant ses arbres parce qu’ils correspondaient complètement à l’image que j’avais de L’Atelier des Hommages et parce que son travail était original et ses oeuvres toutes mises en scène différemment.
Il y a un effet de profondeur que j’aime beaucoup dans ses créations.
Il y a aussi beaucoup de corbeaux dans la pièce. J’aime beaucoup les corbeaux, et ils ont pour moi une signification liée au funéraire. On en retrouve notamment sur le meuble dans lequel je range mes tesselles.
Ce meuble, il a eu plusieurs vies, et j’ai mis du temps avant de le trouver. J’avais besoin de rangement pour classer mes tesselles, je cherchais un meuble ancien, en bois de préférence. Quand j’ai vu l’annonce après deux ou 3 semaines de recherches j’ai sauté dessus. 25 tiroirs, c’était parfait. C’est un ancien meuble des PTT qui a ensuite servi de banque chez une fleuriste, je l’ai restauré et personnalisé moi-même.
J’ai poussé le détail un peu loin, les yeux des corbeaux sont tous de couleurs différentes, ce qui me permet de savoir quelle couleur est rangée dans chaque tiroir.

Il y a évidemment un bureau, avec un grand plateau pour faire des créations de grande dimension. Il peut monter et descendre pour me permettre de travailler assis ou debout. C’est important pour moi parce qu’il est adapté à mon handicap, tout comme mon siège d’ailleurs.
Ce sont des choses auxquelles j’ai dû réfléchir en aménageant l’atelier. Il fallait que je puisse travailler longtemps et que ça reste confortable, et comme j’ai besoin de mouvement, j’ai disposé les choses pour que ça me force à marcher un peu.
Mais ce que j’apprécie surtout, c’est que l’atelier est rangé. J’aime entrer dans cette pièce et retrouver mon travail exactement là où je l’ai laissé.
Je n’ai sur le bureau que ce dont j’ai besoin.
Je trouve ça apaisant.
Je mets souvent de la musique, je prends mes outils, et je reprends là où j’en étais.
À côté de ça, j’ai aussi tout ce qu’il faut pour travailler mes projets : de quoi dessiner, mes coupe-verres, mes pinces de mosaïste et une meuleuse à eau qui me permet de rectifier certaines pièces. Parce qu’en mosaïque, il faut parfois couper vraiment petit, ou ajuster des tesselles qui ne font que quelques millimètres. C’est d’ailleurs quelque chose que l’on ne soupçonne pas forcément en regardant une création terminée : derrière une forme qui paraît simple, il peut y avoir beaucoup de petites découpes et d’ajustements.
Quand une idée devient mosaïque
Mais avant d’en arriver au verre et aux tesselles, il y a surtout une idée à faire naître. Une mosaïque peut partir d’un symbole, d’un paysage, d’un souvenir, d’une photo ou simplement de quelques éléments qui évoquent la personne. J’aime bien chercher ce qui peut rendre un projet vraiment personnel, parfois dans un détail, une couleur ou une petite référence qui n’est pas forcément évidente au premier regard.
C’est aussi ce que j’aime dans la mosaïque : elle laisse beaucoup de liberté. Les couleurs, les matières, la manière de placer les tesselles… tout peut être adapté au projet. Et même lorsqu’on part d’une photo ou d’une idée très précise, il y a toujours une part d’interprétation.
Ma première mosaïque n’avait d’ailleurs rien de funéraire. Je l’avais réalisée comme cadeau de Noël pour ma mère, c’était un cadre photo dans les tons beige et violet, assorti à son salon, avec des ananas dans les coins parce qu’elle en a plein dans sa décoration. J’y avais passé pas mal de temps à cause des petites découpes, mais je m’étais surtout beaucoup amusé à le faire. Une fois terminé, le cadre avait naturellement trouvé sa place chez elle, parce qu’il avait été pensé pour elle et pour ce qu’elle aimait.
Je crois que c’est en partie de ce qui m’a donné envie de continuer. Pouvoir réaliser des choses qui plaisent et vraiment personnelles. J’aime pouvoir partir d’une idée et arriver à quelque chose qui n’existait pas avant, quelque chose qui corresponde vraiment à la personne pour laquelle il a été imaginé.
Aujourd’hui, c’est aussi comme cela que j’aborde les projets de L’Atelier des Hommages. Certaines personnes arrivent avec une idée très précise, d’autres avec seulement quelques souvenirs ou quelques pistes, et le projet se construit ensuite ensemble, petit à petit.
Je n’entre pas davantage dans les différentes étapes de création ici, j’écrirai un article spécialement pour ça. Pour cette fois, j’avais surtout envie de vous montrer l’endroit où tout se passe, cet atelier que j’ai aménagé à ma façon, avec mes outils, mes matériaux, mes créations, mes œuvres préférées et quelques corbeaux. C’est là que je passe du temps à réfléchir, essayer, recommencer parfois, et surtout à faire prendre forme aux idées.